La comparaison avec la France est naturelle pour nous qui connaissons maintenant les 2 systèmes. On peut dire avec le recul qu'on était plutôt gâté dans notre mère patrie car s'il y a bien ici quelque chose de tannant, c'est l'accès aux soins. Revenons à mon orteil : je me suis pointé vers 7h15 à la clinique dite "Sans rendez-vous" qui ouvrait à 8h. J'étais à peine surpris de voir une file de 15 personnes, plus matinales que moi sur ce coup là.
Quand les portes s'ouvrent enfin, il faut tout d'abord s'inscrire au secrétariat, donner la raison de sa présence et sa carte soleil (= carte d'assurance au régime public) et dans certaines cliniques, on peut même vous donner l'heure approximative de votre passage. Ce qui peut s'avérer pratique si vous désirez mettre à profit ce "temps libre" pour magasiner, rentrer chez vous... J'ai même découvert récemment un autre service appelé "1-2-3 Go" qui vous informe de votre position dans la file d'attente toutes les 60 minutes. Ca coute 4$ tout de même.
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1, 2, 3... attendez ! |
Et si on arrive plus tard me diriez-vous ? vous risquez tout simplement de voir un panneau "Complet" s'afficher, vous obligeant à vous tourner vers une autre clinique qui risquera d'être complète à son tour. Moralité : il faut arriver tôt !
Le système s'améliore peu à peu cependant avec pour certaines cliniques un autre service téléphonique proposé que vous appelez la veille pour obtenir un rendez-vous. Pas le choix de l'heure évidemment mais au moins vous avez votre place assurée.
Autre système, celui de Bonjour-Santé qui permet la recherche via leur site des places disponibles proches de chez-vous mais là il faut mettre la main à la popoche (15$) et peu de cliniques sont référencées pour l'instant.
Une fois votre tour venu, vous pouvez enfin exposer votre problème. Ca peut se compliquer un peu à ce moment là car évidemment selon l'endroit où vous êtes allés, et quand bien même il s'agirait de votre clinique habituelle, le médecin peut ne pas être le même, ce qui pose un problème de suivi de votre dossier de santé. Globalement cependant, la qualité des soins dispensée est bonne mais comme on vient de le voir, c'est véritablement l'accès aux soins où ça coince.
Et le médecin de famille dans tout ça ? celui qu'on appelle pour un RV le jour-même, celui qui se déplace à domicile quand vous avez le dos bloqué, celui qui vous suit depuis de nombreuses années... ? c'est un oiseau de plus en plus rare malheureusement et ce pour plusieurs raisons : bureaucratie trop lourde, travail devenu complexe et salaire peu attirant comparé aux autres provinces canadiennes ou au voisin américain qui favorise donc l'exil de médecins pourtant formés au Québec (notamment à l'université anglo-saxonne de McGill à Montréal). Une solution pour limiter cet exode serait d'obliger les jeunes diplomés à exercer au Québec pendant un certain nombre d'années mais pour l'instant ça n'a pas été retenu par le gouvernement.
Quelques faits :
- Avec un ratio de 111 médecins pour 100 000 habitants, le Québec arrive au 4e rang des provinces canadiennes. Par contre, seulement 75 % des Québécois ont accès à un médecin de famille.
- En comparaison, 91 % des Ontariens ont un médecin alors que l'Ontario compte beaucoup moins de généralistes, 92 pour 100 000 habitants.
- Le Québec compte 225 médecins pour 100 000 habitants contre 330 en France (ce qui n'empêche pas des déserts médicaux dans certains départements).
Autre solution pour désengorger les files d'attente : le service téléphonique Info-Santé du 8-1-1 qui permet de rejoindre une infirmière 24h/24, 7J/7 afin d'avoir un avis sur un problème de santé non urgent. Très pratique, on l'a utilisé à plusieurs reprises et ça peut éviter un déplacement pour rien à la clinique.
Bon, attendre quelques heures à une clinique passe encore, après tout notre ancien médecin en France nous faisait attendre au minimum 1h (ça nous paraissait énorme !) alors qu'on avait un rendez-vous. Car après tout si le symptome est grave, direction les urgences. Et là... il y a du travail, spécialement à Montréal où les temps d'attente sont trop élevés, une vingtaine d'heures en moyenne alors que la cible gouvernementale est de 12h.
Pour bien choisir, on peut consulter ici (pour Montréal) en quasi-temps réel l'occupation des urgences (la première colonne est bien un % sur 100). Ca a au moins l'avantage de la transparence.
Allez promis, la prochaine fois que je me casse quelque chose, j'irai aux urgences et je vous ferai le topo complet !